La passation de pouvoir au ministère de sports

 

Les judoka prennent du retard me disait-on lors de la passation de pouvoir entre Messieurs Kanner, et Braillard, respectivement Ministre de la Ville de la Jeunesse et des sports et Secrétaire d’Etat aux sports, et Mme Laura Flessel, Ministre des sports du gouvernement Philippe I. Ils sont désormais deux escrimeurs à avoir accédé au rang de Ministre. Le judo, connus pour être bien représenté dans les institutions de la République, reste dans les
choux, avec un seul Ministre au compteur, David Douillet.

Certes d’autres sportifs de haut niveau, champion ou médaillés olympiques, mondiaux ont accédé au poste. On pense bien entendu à Guy Drut, champion olympique du 110m haies, Roger Bambuck, recordman du monde de sprint, Alain Calmat, Vice champion olympique de patinage artistique ou encore Bernard Laporte, rugbyman. Plus anciens encore, Maurice Hertzog, alpiniste ou Jean Borotra, tennisman.

S’il y en a un pourtant dont on retient le nom parmis les sportifs devenus Ministres, c’est bien Jean-François Lamour, double champion olympique de sabre, qui marquera les esprits en sillonnant la France pendant près de cinq ans, pour agir au plus près du terrain. Un modus operandi de sportif ? Madame la Ministre Flessel annonçait elle aussi qu’elle serait une femme “de terrain” pour reprendre ces mots.

Au-delà de cette anecdote, des ministres sportifs il est peut-être aussi celui qui aura donné la meilleure image. Celle d’un homme politique digne, réfléchit, visant juste. Certains diraient qu’il s’agit là de l’empreinte laissée par des années de pratique sportive.

En vérité, l’escrime mène depuis des années une véritable politique d’accompagnement du double projet sportif et professionnel des athlètes. Avec la Fédération de Canoë Kayak, l’escrime partage la première place des institutions sportives capables de former de grands champions, avec de prestigieux diplômes.

L’augmentation des exigences du sport amateur, en matière de performance contraints bien des fédérations à privilégier l’entraînement au détriment de la préparation du projet de reconversion.

Mais suite à la nomination de Laura Flessel ce mercredi, je m’interrogeais sur la question. Comment diable la fédération d’escrime maintient elle un tel taux de reconversion réussie alors même que les exigences sportives croissent en même temps que les pays étrangers s’approprient le savoir-faire de la France en matière de passes d’armes, en recrutant dans les nations mères de la disciplines, les meilleures entraîneurs ou devrais-je dire maître d’armes.

Obligatoire depuis la loi du 27 novembre 2015, dite loi Braillard, le suivi-socioprofessionnel des sportifs de haut niveau est un champ important de la politique menée par Isabelle Lamour, présidente de la FFE depuis mars 2013. C’était d’ailleurs l’un de ces arguments électoraux en 2012, alors même que le niveau sportif exigé est en hausse, et la situation de la fédération au plus bas.

Le Monsieur “suivi sociopro” de la FFE n’est autre qu’Eric Srecki, double champion olympique d’épée (88 et 92). Il connaît sur le bout des doigts les projets de chacun des sportifs qu’il encadre, de même que leur situation financière, parfois complexe tant la discipline ne paie pas. Il oriente, avec justice et passion, chacun des jeunes gens dont il est responsable, vers les différents dispositifs dont peuvent bénéficier les sportifs de haut niveau : Pacte de performance, Convention d’insertion professionnelle, contrat Défense, Contrat Police, études aménagées… Un objectif : construire des individus brillants sur la piste comme au travail.

Il a aussi pour rôle de sensibiliser les entraîneurs nationaux à la nécessité pour les sportifs de haut niveau de conduire un double projet sportif et professionnel, en anticipation de la fin de carrière sportive, qui peut s’avérer brutale en cas de blessure. Ayant accueilli au sein de la société Ippon technologie une jeune escrimeuse en stage, Mme Julie Mienvielle, je peux attester du bon fonctionnement du système. Titulaire d’un DUT d’informatique et étudiante à l’ESCP, elle avait su remplir l’ensemble des exigences de l’entreprise, malgré son emploi du temps sportif de membre du groupe france d’escrime.

Ce qui pourrait paraître naturel ne l’est pas puisque les judoka employés par Ippon dans le cadre du Pacte de performance, sont davantages contraints par leurs entraînements. C’est ainsi que le rôle du référent du suivi socioprofessionnel apparaît important, pour rappeler à la Direction Technique National et aux entraîneurs la nécessité de prendre en compte le double projet sportif, pour former des individus équilibrer, habiles à la reconversion comme le sont les escrimeurs.

C’est ainsi que nombreux escrimeurs de l’INSEP, malgré plusieurs heures d’entraînements quotidiens, étudient dans des écoles d’ingénieurs, de commerce prestigieuses quand d’autres sont kinésithérapeutes ou professeurs de sport. Astrid Guyart, pour ne citer qu’elle, est une grande championne, ingénieur aérospatial, cheffe de projet chez AIRBUS. Son frère Brice, champion olympique à Athène et lui aussi ingénieur de formation, actuellement Responsable Innovation chez Voyages SNCF.

Les exemples ne manquent pas si bien que dans le cadre du Pacte de performance, les escrimeurs ont souvent grande facilité à séduire les entreprises partenaires de leur double projet. Outre l’aura et l’image de la discipline, leurs diplômes font d’eux de précieux atouts dans le monde du travail.

Pugnaces, ils savent viser juste ! Si juste qu’ils sont désormais deux à accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. L’un a fait ses preuves. Nous ne pouvons que souhaiter à la nouvelle Ministre des sports de faire aussi bien que son prédécesseur.

Sport Buisness
Author: Ghita Zniber

Get Connected