… Et nous étions impuissants.

Comme chaque lundi, nous jouions au football avec mon équipe de geek sportifs d’Ippon Technologies. Le futsal hebdomadaire est un moment important pour nous car l’activité nous rapproche.
Nous jouons tous ensemble, quelque soit notre place dans la hiérarchie de l’entreprise. Marie-Eve Gahie ou Eloise Lesueur, sportives de haut niveau salariés d’Ippon dans le cadre du Pacte de performance, sont invitées également à partager ce moment avec nous, lorsque leur emploi du temps le permet.

Ce lundi nous étions contents, fiers d’avoir accompli nos travaux, rempli nos objectifs. Soulagés de pouvoir enfin se défouler sur un terrain de foot après une longue journée de labeur. Nous étions heureux d’être ensemble, tout simplement.

Et puis il y avait ce gars qui courait sur le terrain d’à côté. Une montagne. Un jeune mec solide. On se disait qu’on aimerait pas devoir aller marquer un but contre lui s’il se retrouvait dans la défense adverse. Un peu comme si l’un de nous avait dû affronter Gregor Clegane dans un duel de Game Of Thrones.

Tout d’un coup, il s’est effondré. Il est tombé… raide !

Nous étions quelques uns à être titulaire d’un brevet de secourisme. Nous voulions lui porter secours. Mais ce jour là, nous nous sommes rendus compte que nous fêtions pour certain, les trente ans de l’obtention du diplôme. Nous étions incapables.

Alors oui, nous l’avons mis en position latérale de sécurité. Une personne s’est essayé au bouche-à-bouche, sans résultats. C’était courageux pourtant ! Il faut braver la mort et puis parfois les sécrétions associées…

Nous avons appelé les pompiers. Ils ont mis près de 20 minutes à arriver. Pendant ce temps, le cerveau de la Montagne n’était pas alimenté en oxygène.

La salle était équipée d’un défibrillateur. Personne ne savait l’utiliser. Pas de personnel diplômé pour venir en aide aux locataires du terrain en cas d’accident.

Le gars avait 27 ans, et nous n’étions aptes qu’à le regarder s’éteindre sous nos yeux. Ou du moins, à regarder ses chances de revenir à la vie s’évaporer sous nos yeux. Le coeur était arrêté…

Nous avons fini par évacuer les lieux, tous avec la même question en tête, que faire pour éviter cela ? Comment se fait-il que personne sur place n’ait été en mesure de venir en aide à cette personne, en attendant l’arrivée des pompiers ?

Le premier réflexe pour nous a été de s’informer sur les obligations de l’exploitant de la salle en matière de sécurité. Il nous semblait avoir entendu que l’installation d’un défibrillateur avait été rendue obligatoire dans les établissements recevant du public (ERP).

A ce jour il n’en est rien puisque la proposition de loi relative au défibrillateur cardiaque, adoptée à l’unanimité à l’Assemblée le 13 octobre dernier, prévoit dans son article L. 123-5, qu’ “Un décret en Conseil d’État détermine les types et catégories d’établissement recevant du public qui sont tenus de s’équiper d’un défibrillateur automatisé externe visible et facile d’accès, ainsi que les modalités d’application de cette obligation.”

Par ailleurs, s’agissant d’une location de terrain, nous ne tombons pas sous le coup de la réglementation en vigueur pour les activités physiques encadrées (obligation de formation des enseignants, animateurs, etc.).

Du coup, tout était plus qu’en règle dans la salle : affichage du règlement intérieur, consigne de sécurité, plan d’évacuation en cas d’incendie, affichage des numéros d’urgence, défibrillateur accessible… Malgré l’absence de personnel qualifié pour intervenir dans l’établissement !

Nous nous sommes d’ailleurs demandé pourquoi. Pourquoi n’y avait-il pas dans cet établissement un salarié qualifié pour intervenir ? Est-ce qu’il était obligatoire dans un espace sportif comme celui-ci, d’employer un secouriste ? Or seuls les piscines (municipales ou privées) ne peuvent ouvrir qu’en présence d’un maître nageur.

Un défibrillateur avait été installé, et personne dans la salle ne savait s’en servir ?

Et notre premier réflexe avait été de chercher dans la réglementation, une solution qui n’existait pas.

Alors, le lendemain, après un débriefing avec mes salariés, nous avons demandé à la directrice des ressources humaines d’Ippon Technologies, de mettre en place une formation aux bonnes pratiques en cas d’accident, incluant l’apprentissage du massage cardiaque. Les salariés volontaires pourront chaque année mettre à jour leurs connaissances pour éviter que les gestes pratiques ne se perdent.

A y réfléchir, c’est sans doute la chose la plus adaptée pour prévenir de tels accidents, puisque par définition, ils peuvent survenir n’importe quand, n’importe comment, n’importe où ?

Pas sûr que le médecin de “La Montagne” aurait pu prédire qu’il tomberait ce lundi, lors d’une simple visite de contrôle… Pas sûr que le défibrillateur de la salle aurait été utile si nous avions joué au foot dans un parc, sans installation particulière.

Pas sûr non plus qu’il ne faille davantage stigmatisé le sport, en soulignant les risques associés à sa pratique, alors qu’il ne sauve en réalité plus de vies qu’il n’en détruit.

Sûr pourtant qu’une formation à jour aurait pu aider la victime. Nous aurions pu préparer le travail des pompiers, qui ont finalement réussi à le ranimer au bout de trente minutes.

Références :

PPL du 13 ocotobre 2016 : http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0827.asp
Obligations de l’exploitant sportif : https://www.acteursdusport.fr/article/obligations-de-l-exploitant.7414

Sport Buisness
Author: Ghita Zniber

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