IMG_0322De retour des championnats du monde de judo qui se sont déroulés à Budapest du 28 Août au 3 Septembre, il est désormais l’heure de faire le bilan.

Trois sportifs du FLAM 91 étaient engagés sur les championnats. Trois espoirs déchus. Tout comme les autres espoirs français. Sans le talent de l’indétrônable Riner ou de l’incontournable Clarisse Agbegnenou, la France n’aurait remporté que deux médailles de bronze : en – 57kg avec Hélène Recevaux et dans le tournoi par équipe.

Après la désillusion des Jeux Olympiques de Rio en 2016 il me semble qu’une réforme s’impose car ce ne sont pas les talents qui manquent en France. Et quand on voit à quelle vitesse la Mongolie s’est imposée comme une grande nation du judo grâce à un Président compétent et audacieux, je me dis qu’il est plus que temps de réagir.

Si le système des pôles France et de l’INSEP semblait jusqu’à maintenant participer pleinement de la performance des féminines, qui ne disposent pas toujours d’un nombre de partenaires suffisants dans les clubs de taille intermédiaire, les garçons sont à la ramasse depuis plusieurs années. Chaque fois Teddy Riner joue le rôle de cache-misère. Les résultats n’en sont pas moins insatisfaisants. Et cela sans compter qu’aucun lourd français n’est prêt à prendre la relève du nonuple champion du monde.

La performance de cet athlète ébahit les masses, mais elle pose aussi beaucoup de question chez les initiés car au-delà d’un gabarit exceptionnel, Teddy est un sportif amateur disposant de moyens professionnels. Il est rémunéré, il est encadré par un staff de professionnels du sport choisis par ses soins, pour l’accompagner au quotidien. Incontournable en France, Teddy s’économise. Il ne participe pas aux multiples tournois du circuit international pour gagner sa place lors des tournois d’importance majeurs. Il planifie sa préparation librement, visant l’objectif unique d’une médaille aux championnats du monde ou aux Jeux olympiques.

Les autres s’entraînent, participent aux tournois de qualifications, aux stages…. C’est, trop… ils se blessent. Deux sportifs du FLAM 91 sur trois étaient de retour de blessure au moment du championnat. Marie-Eve Gahié, tout comme Priscilla Gneto ou Audrey Tcheuméo, s’est blessée dans les dernières semaines de préparation. Et ce phénomène est récurrent chez les filles comme chez les garçons. Ce qui signifie que la préparation n’est pas optimisée et que nos athlètes sont surentraînés.

Par ailleurs, sur le plan psychologique, on touche le fond. Des judokas perdant aux Jeux de Rio, parfois blessés sont de nouveau challengés alors qu’ils devraient pour certains, reprendre petit à petit leurs marques, sur la durée de l’olympiade. Les premiers championnats du monde de l’olympiade devraient donner l’occasion aux plus jeunes de s’exprimer, comme l’ont fait les japonais et les russes que nous nous targuons d’avoir battus en place de 3 par équipe.

Dans l’attente d’une transformation du modèle sportif qui pourrait intervenir suite à l’attribution de l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 à Paris, j’ai donc pris la décision de sortir les athlètes de FLAM 91 du système fédéral, et de les entraîner de manière plus réfléchi en visant la haute performance. J’utiliserais un staff de spécialiste choisi sur des critères méritocratiques. Zidane, avant de devenir sélectionneur du Réal, alors entraîneur des jeunes puis entraineurs adjoint, a vu se succéder Mourinho, Pellegrini, Ancelotti puis Benitez.

Or dans le judo français, la cooptation entre champions prime et les mauvais résultats sont rarement sanctionnés dans le staff. Seuls les sportifs ont à se remettre en question finalement. Après des résultats aussi négatifs sur deux échéances internationales majeures, je m’étonne que le Directeur Technique National ne remette pas sa démission. A sa place, c’est sans aucun doute ce que je ferais.

J’aimerais vraiment que cela cesse. J’aimerais que l’on pense aux sportifs avant de penser à soi. Et pour cela, je pense que les clubs doivent jouer un rôle plus important dans la préparation des athlètes car ce sont des petites cellules, qui ont un fort intérêt à prendre soin de leur talent, à les préparer au mieux pour une sélection nationale. Le sélectionneur lui doit être davantage neutre et les entraîneurs nationaux devraient contribuer à renforcer la performance de l’équipe, une fois la sélection annoncée.

Aujourd’hui, les rôles sont inversés. La fédération entraîne et sélectionne les judokas. Les entraîneurs de club ont un droit de présence inapproprié (2 fois par semaine) sur les tapis de l’INSEP, histoire de calmer les ardeurs politiques. Les athlètes sont salariés et rémunérés par le club mais par contre n’ont pas le droit d’être entraîné par celui-ci. Il est temps de repenser le process.

Et ce d’autant plus qu’il ne garantit pas l’égalité entre sportifs puisque Teddy Riner est le seul membre de l’équipe à avoir le droit de représenter son sponsor Under Armour lors des championnats du monde. Les autres, ne peuvent porter les logos que des seuls partenaires de la Fédération. Une brèche a été introduite et je pense sérieusement autoriser mes athlètes à enfreindre une règle qui n’a désormais plus de sens.

A moins d’une semaine de Lima, je fais confiance à Laura Flessel, nouvelle Ministre des sports, pour profiter de l’élan Paris 2024 et permettre aux gens de travailler ensemble, au plus près du terrain, pour transformer nos espoirs en médailles. Cela passera par la responsabilisation des acteurs et la reconnaissance du rôle des clubs qui ne peuvent se cantonner à un logo sur un kimono, tel un vulgaire sponsor. Des compétences sont en jachère. Elles doivent être pleinement exploitées, de manière stratégique, si l’on souhaite véritablement atteindre la troisième place aux JOP de Paris 2024.

Coups de Gueule
Author: Ghita Zniber

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